Chaque année, en Guyane française, près de sept cents femmes enceintes vivant dans des communes enclavées quittent leur foyer dès le huitième mois de grossesse afin d’accoucher en milieu hospitalier, à plusieurs centaines de kilomètres de chez elles.
Dans ce département français recouvert à 96 % par la forêt amazonienne, une partie des territoires de l’intérieur ne peut être ralliée qu’en avion ou après plusieurs jours de pirogue. L’accès aux soins y est particulièrement complexe. Pour les femmes enceintes en particulier, une mesure de transfert systématique vers les maternités du littoral a été mise en place depuis le début des années 2000. Les accouchements étaient jusqu’alors pratiqués entre femmes ou dans le dispensaire local. Si cette période d'hospitalisation de plusieurs semaines vise à garantir leur sécurité médicale, elle induit, pour beaucoup, un sentiment d’isolement et de profondes ruptures familiales, sociales et culturelles.
La chaleur de la matrice s’attache à raconter cette expérience de maternité vécue entre deux mondes, depuis la perspective des femmes Businenge vivant à Maripasoula et Papaïchton, deux communes situées sur la rive guyanaise du fleuve Lawa, face au Suriname. Au cours des cinq mois pendant lesquels j’ai vécu à Maripasoula, entre mars 2025 et juillet 2026, trente femmes enceintes ou ayant récemment accouché à Cayenne ont accepté de me partager leurs histoires.
Les Businenge, descendant-e-s d’esclaves ayant fui les plantations du Suriname, alors colonie néerlandaise, peuplent majoritairement les territoires de l’intérieur surinamais et l’Ouest guyanais. Au sein de ces communautés matrilinéaires, où les enfants appartiennent à la lignée de leur mère, donner naissance constitue une transition cruciale dans la vie intime et sociale des femmes. Cette période s’accompagne de rituels de protection et de soins corporels, assurés par les femmes elles-mêmes, leurs mères, leurs sœurs, leurs tantes et dans une certaine mesure par des hommes de la famille.
L’éloignement géographique et affectif induit par la médicalisation de l’accouchement fragilise cependant leur perpétuation. En dépit de l’amélioration de l’accès aux soins et de la réduction de la mortalité maternelle et infantile, le système de santé transposé et conçu selon des normes occidentales peine toujours à reconnaître la pluralité des réalités sociales, culturelles et spirituelles dans lesquelles il s’applique.
Prises entre un parcours de soins contraignant et la volonté de préserver leur héritage culturel, ces femmes se trouvent ainsi au cœur de l’hybridation de deux registres de soin. Parvenir à les faire coexister, à faire perdurer leur manière de mettre au monde et de faire famille, relève alors d’une forme de résistance.
Réalisé avec le soutien de la Bourse Laurent Troude (SAIF, Libération, Divergence Images), l’association Mélisse, le Parc Amazonien de Guyane, la Maison de la photographe Guyane - Amazonie, le Réseau Périnat Guyane, le CHU Guyane et l’association Chercheurs d’Autres à Maripasoula.
Exposition en février 2027 à la Galerie UPP à Paris.












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Chaque année, en Guyane française, près de sept cents femmes enceintes vivant dans des communes enclavées quittent leur foyer dès le huitième mois de grossesse afin d’accoucher en milieu hospitalier, à plusieurs centaines de kilomètres de chez elles.
Dans ce département français recouvert à 96 % par la forêt amazonienne, une partie des territoires de l’intérieur ne peut être ralliée qu’en avion ou après plusieurs jours de pirogue. L’accès aux soins y est particulièrement complexe. Pour les femmes enceintes en particulier, une mesure de transfert systématique vers les maternités du littoral a été mise en place depuis le début des années 2000. Les accouchements étaient jusqu’alors pratiqués entre femmes ou dans le dispensaire local. Si cette période d'hospitalisation de plusieurs semaines vise à garantir leur sécurité médicale, elle induit, pour beaucoup, un sentiment d’isolement et de profondes ruptures familiales, sociales et culturelles.
La chaleur de la matrice s’attache à raconter cette expérience de maternité vécue entre deux mondes, depuis la perspective des femmes Businenge vivant à Maripasoula et Papaïchton, deux communes situées sur la rive guyanaise du fleuve Lawa, face au Suriname. Au cours des cinq mois pendant lesquels j’ai vécu à Maripasoula, entre mars 2025 et juillet 2026, trente femmes enceintes ou ayant récemment accouché à Cayenne ont accepté de me partager leurs histoires.
Les Businenge, descendant-e-s d’esclaves ayant fui les plantations du Suriname, alors colonie néerlandaise, peuplent majoritairement les territoires de l’intérieur surinamais et l’Ouest guyanais. Au sein de ces communautés matrilinéaires, où les enfants appartiennent à la lignée de leur mère, donner naissance constitue une transition cruciale dans la vie intime et sociale des femmes. Cette période s’accompagne de rituels de protection et de soins corporels, assurés par les femmes elles-mêmes, leurs mères, leurs sœurs, leurs tantes et dans une certaine mesure par des hommes de la famille.
L’éloignement géographique et affectif induit par la médicalisation de l’accouchement fragilise cependant leur perpétuation. En dépit de l’amélioration de l’accès aux soins et de la réduction de la mortalité maternelle et infantile, le système de santé transposé et conçu selon des normes occidentales peine toujours à reconnaître la pluralité des réalités sociales, culturelles et spirituelles dans lesquelles il s’applique.
Prises entre un parcours de soins contraignant et la volonté de préserver leur héritage culturel, ces femmes se trouvent ainsi au cœur de l’hybridation de deux registres de soin. Parvenir à les faire coexister, à faire perdurer leur manière de mettre au monde et de faire famille, relève alors d’une forme de résistance.
Réalisé avec le soutien de la Bourse Laurent Troude (SAIF, Libération, Divergence Images), l’association Mélisse, le Parc Amazonien de Guyane, la Maison de la photographe Guyane - Amazonie, le Réseau Périnat Guyane, le CHU Guyane et l’association Chercheurs d’Autres à Maripasoula.
Exposition en février 2027 à la Galerie UPP à Paris.











